1. La Titanocratie

Avant que les mondes tels qu’on les connaît n’existent, il y en avait un autre.

Les Titans régnaient sur ce premier monde, êtres colossaux et primordiaux, premiers à avoir ouvert les yeux sur l’existence. Parmi eux, Atlas était le plus puissant. Mais les Titans furent défaits. Zeus et les Olympiens les renversèrent lors d’un conflit que l’histoire retint sous le nom de Titanomachie. Les vaincus furent emprisonnés ou anéantis. Atlas reçut le châtiment le plus lourd : porter seul la voûte céleste pour l’éternité, condamné à regarder sans jamais toucher. Il pensait être le dernier des siens.

Il avait tort.

Oblivia et Mortifer avaient survécu dans l’ombre, cachés aux yeux des Olympiens depuis la chute des Titans. Pendant des siècles, ils observèrent et attendirent. Quand ils jugèrent le moment venu, ils mirent sur pied un plan dont l’ambition n’avait d’égale que la patience avec laquelle il avait été forgé : libérer Atlas et reprendre ce qui leur appartenait.

Ce qui suivit, on l’appela la Titanocratie.

Nul mortel ne sut vraiment ce qui se passa dans les cieux ce jour-là. Ce qu’ils virent, depuis leurs terres, ressemblait à la fin du monde. Les nuages prirent feu. La lumière disparut par endroits, comme avalée par quelque chose de plus grand qu’elle. Des fracas d’une violence inouïe ébranlaient le sol à intervalles réguliers, sans que personne ne puisse en identifier la source. Les oiseaux cessèrent de chanter. Les animaux s’enfuirent. Les hommes se terrèrent.

Là-haut, Atlas s’était redressé.

Libéré de son fardeau par Oblivia et Mortifer, porteur de siècles de colère et d’humiliation, il s’abattit sur l’Olympe avec une puissance que Zeus n’avait pas anticipée. Le roi des dieux, qui avait cru neutraliser la plus grande menace pour l’éternité, se retrouva face à trois Titans déchaînés, unis et implacables. Les Olympiens résistèrent. Mais se battre dos au mur dès la première heure ne laisse que peu d’issues. Ils tombèrent l’un après l’autre sous la fureur des primordiaux. Zeus fut le dernier à céder, contraint à l’exil aux confins de l’existence, emportant avec lui ce qui restait de son panthéon.

Sur les terres d’en bas, personne ne sut que la guerre était finie. Il n’y avait plus grand chose pour s’en réjouir. Les civilisations avaient été englouties sous le poids des combats divins, la vie réduite à quelques fragments épars, le monde entier réduit au silence. Cendres et pierre froide, à perte de vue.

Atlas, Oblivia et Mortifer se retrouvèrent seuls, victorieux, au milieu du néant. Il leur fallait tout recommencer.

Les Hommes survivants, gardèrent la mémoire des Olympiens. Ils bâtirent des temples à leur gloire, transmirent leurs croyances de génération en génération, refusant d’oublier les anciens dieux au profit des nouveaux.