Chronique V : La Bataille de l’Œuf
En l’an 142, le dragon de l’End tomba pour la seconde fois devant les guerriers d’Itaya.
Cette nuit-là, quelque chose changea dans l’air d’Astoria. Depuis la fondation des trois cités, une rivalité sourde s’était installée entre elles, faite de regards de travers, de compétitions non dites et d’ambitions à peine voilées. La Bataille de l’Œuf fut le moment où cette rivalité cessa d’être sourde. Chacun des trois rois voulait l’œuf pour sa cité, et ce désir, trop longtemps contenu derrière les sourires de façade, trouva enfin sa forme. Les jours précédant la bataille contre l’Ender Dragon, des murmures circulèrent vite : des joueurs de plusieurs cités s’étaient parlés dans l’ombre, une alliance se formait pour s’emparer de l’œuf avant que quiconque ne puisse le sécuriser. L’information parvint aux oreilles des Hadèsiens avant même que la bataille contre le dragon soit terminée.
L’œuf n’avait pas encore refroidi que la chasse avait déjà commencé. Zalah, citoyenne de Zeus, fut la première à le saisir dans le chaos qui suivit la chute du dragon. Elle n’eut pas le temps d’en profiter. Les deux camps l’assaillirent de toutes parts, sans lui laisser la moindre issue. Elle se battit jusqu’au bout. Mais personne ne survit longtemps seul entre deux armées. Zalah tomba, et l’œuf avec elle. Ce fut Askarim qui le ramassa.

Autour de lui, la garde d’Hadès se forma naturellement. Azogs_, Bragmir et plusieurs combattants de la cité prirent position. La règle était simple : Askarim ne devait jamais se retrouver seul sur le serveur. Pas une heure. Pas un instant. Car la menace qui se dessinait en face n’était pas celle d’un clan isolé. Castor_328, LeMangouste et La_Katana menaient les rangs de Poséidon, accompagnés de Beowulf de la cité Zeus. Derrière eux, une foule de combattants des deux cités s’était ralliée à la cause. Une coalition que l’on n’avait encore jamais vue sur les terres d’Itaya.
Askarim s’était retranché dans son village, à quelques pas de la zone marchande, endroit qu’il connaissait mieux que quiconque. Deux jours de siège s’ensuivirent.
Le premier assaut arriva au crépuscule. La coalition déferla en nombre sur le village, convaincue de l’emporter avant la nuit. Elle trouva autre chose. Askarim était partout à la fois, insaisissable, surgissant là où on ne l’attendait pas, repoussant ses adversaires avant qu’ils n’aient eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait. Autour de lui, les défenseurs d’Hadès transformaient chaque couloir en piège, chaque carrefour en embuscade. Blessés et désorientés, les assaillants finirent par se replier dans l’obscurité. Le village tenait.
Le lendemain, ils revinrent. Plus nombreux, mieux préparés, portés par la conviction que la défense céderait tôt ou tard. Le second assaut fut plus long, plus violent. Les positions changèrent de mains plusieurs fois. Il y eut des instants où la garde vacilla, où le nombre pesait trop lourd. Mais chaque fois que la ligne semblait sur le point de céder, Askarim était là. Repoussant, contenant, tenant. Et tant qu’il tenait, personne ne lâchait.
Quand les derniers assaillants battirent en retraite, épuisés et blessés, un silence tomba sur le village. L’œuf était toujours là. C’était Hadès qui l’emportait.
L’œuf fut solennellement transporté dans les cavernes creusées sous le volcan de la cité, exposé sur la place centrale, à la lumière des torches. Certains dirent qu’on pouvait encore entendre, tard le soir, l’écho des deux jours de bataille résonner entre ses parois sombres.
Les tensions retombèrent dans les jours qui suivirent, comme après un orage. Les trois cités reprirent leur vie, leurs chantiers et leurs échanges. Mais la rivalité, elle, ne disparut pas. Elle prit simplement une autre forme, plus discrète, plus patiente.
Sous la surface du royaume, quelque chose avait changé pour de bon.

